Territoires d’Outre-Vie, disons que ce serait une matrice - une matrix - un polymère si tu préfères, une macromolécule formée d'unités monomères liées entre elles par des liaisons covalentes. (?) Je m’explique : tu vois le collier de perles : les perles c’est les monomères, une fois assemblées, elles forment le collier (le polymère). Mais en fait non, Territoires d’Outre-Vie, ce n’est pas un polymère, ce n’est pas une structure moléculaire géante (quoique) formée d'une longue chaîne de molécules plus petites et identiques, non ça ne marche pas, ça ne colle pas avec notre affaire, dans notre affaire, les perles ne sont pas identiques, ne sont pas des perles industrielles coulées dans le même moule sorti tout droit d’un moule idéal designé par chatgpt, fabriqué en Chine et vendus dans la galerie marchande du coin identique pareil aux galeries marchandes de partout ailleurs.
Non ça ne colle pas.
Bon… Matrice c’est aussi un synonyme vieilli d’utérus.
Utérus : organe de l'appareil génital de la femme et des mammifères femelles, compris entre les trompes de Fallope et le vagin, et destiné à héberger l'œuf fécondé jusqu'à son complet développement et à l'expulser au terme de la grossesse. Bonjour l’inclusivité.
Ou alors on pourrait dire, on peut dire que Territoires d’Outre-Vie, c’est une matrice non genrée, pile poil dans les questions du temps : le genre le non-genre le trans-genre. Une super structure polymère non genrée qu’on active ensemble en autant de monomères perlesques non identiques. Artistes écrivains compositeurs musiciens performers plasticiens réalisateurs, etc.
On active le vivant chacun qui on est, à partir de qui on est ; on active nos rêves d’îlots et d’archipels à forte incidence rhizomique.
On re-dessine un mouton amoureux de la rose. On libère Richard de sa cabane à frites. Je rends mon père à ses rêves de musique. Il part sur les routes de l’Italie son accordéon sanglé au corps voix devant il fait danser les villageois.e.s. les guide dans des chants à quatre voix oublie les meurtrissures de l’enfance malmenée revit vit.
On ouvre les barreaux de la cage à coups de poèmes et de chansons, de portraits oui et de mal non. On s’invite sous le noyer au bord du champ. On enterre les mascarades en feux de St Jean et breuvages paysans. On remet la danse et les veillées au cœur de nos soirées. Tu prépares un ragoût j’apporte les châtaignes et le vin blanc. Tu me parleras de ton dernier texte ? Tu as fini de carreler la salle de bain ? Tu me montreras tes derniers dessins ? Tu continues à apprendre à tailler la pierre avec Maurice, le vieux maçon ?
Porter ça à travers d’autres voix, d’autres visages, d’autres langues, d’autres manières d’être, se laisser instruire par le sensible et le généreux. C’est beau ton histoire de portraits, Valérian. 30 mn en présence d’un inconnu, écrire tout ce qui advient, accueillir le fleuve, l’impact, l’affect, te laisser gorger par le mystère de celui-là, écrire, écrire. C’est beau ton histoire de portraits toi nu face à. avec. Le cadeau de ton écriture. La langue de ta perception. Toi avec.
C’est beau ton histoire – maintenant la mienne - de créer un album de portraits. En ce monde qui gomme à renfort d’artifices-poisons, nommer. Re-connaître. Porter son regard sur. Pointer la lumière sur. L’autre.
Je pense à l’installation, on va inviter les gens, le public, les participants, les inconnu.e.s à arpenter, se perdre, se rencontrer dans l’espace magique d’une installation où poésie, sons et performances riment avec féérie et hospitalité. Art.
Des moments que l’on parcourt seul.e entrecoupés de moments qui nous rassemblent : capsules vidéos, concert, performance texte/musique, témoignages live. Ensemble entendre toutes ces voix plurielles, singulières, ces textes et performances, ensemble regarder des irruptions vidéos, ensemble activer des potentialités de Territoires d’Outre-Vie ici et maintenant.
Vous avez dit marges ?
Oui mais pas marge marginale marginalisante, pas la marge qui te laisse sur le côté, à côté de toi en perdu de toi, en oublié, non, la marge comme celle qui désigne en occitan la bordure non labourée du champ, l’endroit où la charrue doit tourner, la zone complémentaire d’attente et d’expectative, la marge comme souffle de dignité, frisson d’espoir.